7678 txp page_title/>Blog y sitio especializado en política exterior española Domingo del Pino: Mourad Akalay: Remarques amicales au sujet de certains passages

A V I S O

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Mourad Akalay: Remarques amicales au sujet de certains passages :: 29/03/2004

La Presse marocaine jugée par un confrère ibérique

Tanger 30 août 2005 : Cher M. Del Pino,

C’est avec intérêt que j’ai lu votre texte permettez-moi de vous faire quelques remarques. Avec mes respectueuses salutations,

Dans un texte daté du 2 mars 2004, soit quelques jours seulement avant les attentats de Madrid mais bien après ceux de Casablanca, le journaliste et intellectuel Domingo Del Pino (DDP) se demandait comment fallait-il apprécier les relations hispano-marocaines à travers les perceptions mutuelles que renvoient les médias des deux pays.

La liberté de la presse au Maroc

Dans son essai par ailleurs très pertinent, DDP se hâta cependant de préciser tout de go que si les médias marocains n’étaient pas de « libres créateurs d’images » c’est parce qu’ils ne constituaient que la “batterie journalistique de combat” du pouvoir, dont l’activité se bornait à proclamer quotidiennement « l’unanimité sur toutes les questions considérées comme sacrées, à savoir la primauté et le centralisme de la monarchie, et les revendications territoriales. »

Ce jugement sévère sur la Presse marocaine est surtout injuste dans la mesure où le pluralisme est de règle en matière d’information sur toutes les questions ayant trait à la gestion des affaires publiques, aux choix culturels et sociaux et à l’appréciation de l’actualité internationale. Les divergences d’opinion sont loin de faire exception.

Ce jugement est également sévère quand on sait que, pour arracher peu à peu les bribes d’espaces de liberté consolidées aujourd’hui en acquis, les organes de presse des partis politiques ont dû supporter bien des sacrifices depuis le début des années soixante : emprisonnements fréquents de journalistes et de directeurs de publications tels Ali Yata directeur successif d’_Al Moukafih_, Al Kifah Al Watani et Al Bayane, Berrada du quotidien l’Opinion toujours pour délits d’opinion, pressions de toutes sortes pour amener les journalistes à résipiscence, le tout au rythme infernal de la censure et des interdictions, sans parler de l’assassinat le 18 décembre 1975 de Omar Benjelloun directeur d’_Al Ittihad Al Ichtiraki_ ou de l’envoi d’un colis piégé au directeur de Libération.

Cette réalité ne pouvant être niée, il est plus facile de délégitimer d’office les médias marocains en tant que « créateurs d’opinion sur l’Espagne » en pointant du doigt le taux élevé d’analphabétisme de la population pour railler que « n’importe quel grand journal espagnol a plus de lecteurs que tous les journaux marocains réunis ».

Même si ce constat, au demeurant certainement juste, fait mal, DDP qui est un fin connaisseur du pays sait l’importance de la tradition orale au Maroc grâce à laquelle l’influence des titres dépasse leur lectorat direct. Il n’ignore pas non plus les spécificités qu’y connaît le marché de la presse : concentration des annonceurs sur quelques titres, le faible nombre de lecteurs directs parmi la population alphabétisée aggravé par la pratique du louage des journaux.

Poids lourds et poids plumes

Certes, le journal marocain est plutôt maigrichon au regard de l’embonpoint de son confrère espagnol dû en grande partie aux espaces de pub et aux rubriques spécialisées qui passionnent son lectorat : résultats des tirages de loterie, pronostics des courses de taureaux, et dans une moindre mesure les débats suscités par les mutations que connaît une société espagnole en plein mouvement, l’immigration, les faits divers et les potins mondains.

Quant au sport, la richesse de l’offre espagnole en particulier le football s’appuie sur une tradition inégalée qui attire un lectorat avide de l’actualité des clubs et à l’affût de la moindre déclaration de stars comptant parmi les premières au monde. La presse sportive n’est cependant pas absoute de turpitudes quand on se souvient du titre inquisitorial à la une du quotidien Marca à la veille d’une finale de course de demi-fond dominé depuis dix ans par les athlètes marocains. Cet épisode devrait faire réfléchir DDP quand il conseille aux Marocains de « comprendre une fois pour toutes que l‘époque d’Isabelle la Catholique est bel et bien révolue ».

Par contre, les motifs d’intérêt sont ici plus politiques et suscitent davantage de débats et de passions au sein des familles, parmi les voisins et les mômes des quartiers malgré le faible taux d’alphabétisation, grâce au « partage du savoir », les plus jeunes souvent en âge scolaire se dévouant à lire à haute voix les articles les plus prégnants. L’argument du manque de lecteurs directs ne signifie donc pas du tout un manque d’intérêt pour la chose publique et la vie politique.

Censure sans frontières

Citant une enquête menée par le SNPM à la fin des années quatre-vingt-dix, DDP y relève que « sept articles sur dix subissent des modifications par des personnes autres que l’auteur avant d‘être publiés ». Sans préjuger des motifs de ces changements (contraintes d’espaces, retouches du texte en fonction de sa qualité rédactionnelle ou suite aux impératifs de l’actualité), l’autocensure faisait partie de la dure réalité de ces années-là.

Que de procès ne furent-ils pas tenus suite à des déclarations de leaders syndicaux ou politiques faites à la presse étrangère ! Que serait-il alors advenu aux simples journalistes ou correspondants de presse, s’ils avaient franchi la « ligne rouge » ? Les rédacteurs en chef déjà chichement dotés en plumes de qualité pouvaient-ils s’offrir le luxe d’exposer sans scrupules leurs confrères à la vindicte du pouvoir ?

Mais le Maroc a bien changé depuis 1999 ! Ce qui n’empêche pas DDP de dire que «Les Marocains aimeraient que nous ayons des égards révérenciels envers leurs institutions, que nous les croyions quand ils disent qu’ils avancent vers la démocratie et le progrès, que nous soutenions leurs ambitions territoriales, leurs points de vue dans les conflits d’intérêt qui nous opposent, et cela n’est pas le cas en Espagne. » Ce jugement est trop catégorique pour refléter l’exacte réalité que tout observateur objectif peut vérifier aisément car :

Par rapport aux institutions, ce que les Marocains demandent n’est rien de plus qu’un respect réciproque des institutions respectives de chaque pays, au demeurant tout à fait légitime.
Prendre acte des avancées vers la démocratie et le progrès ne signifie pas qu’il faille taire les critiques sur les rémanences du passé. Le statut de la femme, la liberté d’expression, le respect des droits de l’homme ont connu des améliorations indéniables.

Mais il est vrai aussi par exemple que le lecteur étranger de la presse marocaine, et pas seulement lui, sera désagréablement surpris par le foisonnement des énormes placards publicitaires de « vœux déférents » à l’occasion des fêtes nationales, surtout quand ils sont financés par les entreprises publiques. Mais il s’agit là davantage d’une attitude opportuniste de patrons cherchant à se rappeler au bon souvenir du pouvoir politique, aux frais de l’entreprise, que du résultat d’une pression politique quelconque.

Si personne, ici, ne croit possible un soutien aux « ambitions territoriales » du Maroc de la part de l’ancienne puissance coloniale, par contre, l’alignement total de la presse ibérique sur les thèses du Polisario, en escamotant totalement le point de vue de l’autre partie, est ressenti comme une attitude méprisante trouvant son fondement dans des préjugés d’une époque qu’ils voudraient à jamais révolue.

Quant aux conflits d’intérêt, ils sont choses courantes entre pays concurrents ou partenaires et personne des deux côtés du détroit ne peut exiger de son vis-à-vis un alignement sur ses propres positions. D’ailleurs, ces contradictions d’intérêts n’empêchent nullement que s’expriment spontanément de réels réflexes de solidarité comme lors du tremblement de terre d’Al Hoceima ou des ignobles attentats de Madrid.

Information et déséquilibre Nord Sud

DDP est persuadé à tort que les Espagnols sont « mieux informés sur le Maroc que les Marocains sur l’Espagne » où l’information est plurielle et plus diversifiée. DDP voit à travers la comparaison du nombre des correspondants de radiotélévision et de presse détachés dans chacun des deux pays le signe d’un déséquilibre dans la couverture des évènements par les médias du pays voisin.

Il semble évident cependant que cette situation s’explique davantage par le déséquilibre des ressources financières en présence qu’au désintérêt pour l’actualité d’un pays où réside la communauté étrangère, (qui se trouve être marocaine) la plus nombreuse d’Espagne. Au demeurant, ces prospects ne peuvent laisser indifférents des médias dont la publicité représente l’essentiel de leurs ressources. Ainsi la pluralité de l’information s’affirme être effectivement en complète harmonie avec la diversité culturelle que connaît l’Espagne depuis la restauration de la démocratie et les exigences du marketing d’une économie libérale.

En réalité, l’actualité espagnole est suivie en direct par les Marocains dont un bon nombre n’ont pas besoin d’un service de traduction, en ondes hertziennes, et ce depuis les années soixante, grâce à la couverture des chaînes espagnoles captées au nord du Maroc et au de-là depuis dix ans par le biais des supports paraboliques.

L’engouement grandissant pour la langue espagnole qui se mesure à travers le taux de fréquentation des cours de l’Institut Cervantès, la forte augmentation du nombre d’élèves admis chaque année dans les écoles d’enseignement espagnoles au Maroc et l’explosion du nombre d’étudiants marocains inscrits dans les universités espagnoles confirmera de plus en plus cette tendance.

DDP souligne néanmoins que, si les télévisions espagnoles ne sont pas présentes physiquement au Maroc, c’est en raison de leur difficulté à y travailler librement. Cette question est-elle toujours à l’ordre du jour malgré le changement de règne intervenu au Maroc en 1999 ?

Unanimisme de l’élite et bon sens populaire

DDP met en cause la « préparation combative unanimiste » dans laquelle le régime marocain maintiendrait ses médias vis-à-vis de l’Espagne, pour expliquer la fébrile tension maintenue artificiellement, dans l’insouciance de l’immense majorité des espagnols et des marocains qui continuent à s’ignorer mutuellement. Il stigmatise le lexique passionnel « d’amour » et « de haine », de « divorce » et de « lune de miel », utilisé par les milieux journalistiques pour mettre en scène « le drame aigri de ce voisinage » dont « les perceptions négatives existent et sont profondes ». (Le journal El Mundo » tient sur son site Web une rubrique permanente chargée du suivi des relations avec le Maroc intitulée « le frère infidèle »).

« Elles semblent inscrites dans nos gènes. Comme si, d’un côté et de l’autre de la Méditerranée, nous naissions avec elles. Aussi, si la presse n’en est pas responsable, d’où viennent-elles ? »

DDP trouve la réponse dans la prédominance au Maroc d’un nationalisme irrédentiste qui « permet au régime, au gouvernement, aux partis politiques et aux médias de présenter un flanc unanimiste que n’a jamais obtenu, et n’obtiendra jamais, l’Espagne dans ses confrontations – ni même dans ses relations normales – avec le Maroc ». Il reconnaît cependant que cet esprit « quelques fois vindicatif n’est pas transposable au peuple marocain, qui est toujours accueillant, hospitalier et complaisant. Quoi qu’il en soit, l’Espagne est intuitivement plus familière aux élites marocaines que d’autres pays. »

Quant au poids du passé et à l’épopée d’Al-Andalus, il n’est pas sûr que les passagers d’une « patéra » ou leurs proches demeurés sur la rive sud, en rêvent quand ils embarquent la nuit tombée pour tenter de franchir en douce la côte andalouse. Ne sont-ils finalement pas mus par les mêmes mobiles que les subsahariens et les Latino-américains qui foulent le sol ibérique : participer à l’essor de développement que connaît l’Espagne pour leur permettre de subvenir aux besoins de leurs familles.

DDP voit certainement juste quand il avertit que «l’immigration illégale et la prévision d’un possible métissage éveillent des inquiétudes en Espagne» Aussi en appelle-t-il à la mise en œuvre d’importants changements politiques, économiques, sociaux et culturels pour préparer le long terme.

Il est cependant certain que le spectacle quotidien des drames de l’immigration clandestine ne peut laisser indifférents les téléspectateurs espagnols qui le vivent comme une réminiscence du passé tel que vécu par leurs parents et grands-parents fuyant la guerre civile. Il est également vrai que les réactions de fraternisation sont beaucoup plus fréquentes que les rejets. Comme l’atteste le comportement digne et empreint d’humanisme de la majorité des Espagnols après le 11 mars !

DDP reconnaît que s’il y a parfois rejet chez les Espagnols, ce serait plutôt en raison « de la pauvreté et de la marginalisation que les régimes du Maghreb ne semblent pas savoir solutionner ». Ce supposé rejet est néanmoins infirmé par l’engagement sur le terrain de nombreuses ONG espagnoles s’employant avec beaucoup d’abnégation à mener à bien ici, leurs projets de développement et en Espagne des actions de solidarité avec les immigrés clandestins.

Ce que confirme DDP car heureusement ajoute-t-il « les peuples espagnol et marocain n’ont aucun problème insurmontable entre eux, même en termes de perceptions. Ce sont les gouvernements, les hommes politiques et les élites qui devront faire preuve d’une volonté suffisante pour amorcer le virage hégélien que les deux pays méritent. »

Sur ce point au moins DDP n’a pas tort !

Mi primera respuesta: Re: remarques amicales au sujet de certains passages

Cher Monsieur Akalay

Je m’excuse tout d’abord du retard mis à vous répondre, mais j’ai du changer d’ordinateur à cause d’un virus et c’est aujourd’hui que j’ai lu votre courrier. Je n’ai pas encore lu votre texte tout entier parce que je voulais surtout m’excuser pour mon retard. Je le lirais et je vous répondrai avec plaisir. J’ai vu seulement les premières lignes et je vous assure que je ne m’entête pas à ce que j’ai écris si on me signale une erreur comme c’est le cas.

J’ai connu plusieurs étapes de la presse marocaine personnellement en particulier celle dont vous faites allusion de Al Kifah, al Moukafih et beaucoup d’autres comme Lamalif, Kadima etc que j’ai admiré à son moment. Beaucoup de ses rédacteurs ont été mes amis. J’ai connu aussi la presse que je décris dans le papier dont vous faites allusion, mais encore une fois j’accepte votre critique parce que il n’est pas juste de ne parler que de cette presse.

Je suis la presse marocaine quotidiennement et j’ai une grande admiration pour ce qui se fait en ce moment. Je pense même que plusieurs sujets sont abordés avec plus de courage que chez nous. J’essaïerai dans mes prochains articles de me rattraper.

Domingo del Pino


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