49ea txp page_title/>Blog y sitio especializado en política exterior española Domingo del Pino: Makeba femme parle de Makeba-Voix

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Makeba femme parle de Makeba-Voix :: 02/08/1971

Domingo del Pino. Africasie, 16 Août 1971

Miriam Makeba-femme me parle de Miriam Makeba-voix. Voix, chant, voyageuse infatigable qui porte en elle sa terre ancestrale. Devant un micro, face au public, elle est tout autre : elle émerge, gigantesque comme sa race, comme son peuple qu’on voudrait ignorer.

Miriam Makeba-femme, menue, de stature moyenne, la voix douce et timide, a parcouru le monde entier, les meilleurs théâtres et scènes d’Europe, d’Afrique et d’Amérique, avec son chant qui est un cri sorti tout droit de l‘âme de l’Afrique noire.

Sa prédisposition au chant lui vient du ventre de sa mère. Des tristes après-midis passés avec son père, un Noir haut et maigre. Elle tient le chant des forces de la nature, des traditions glorieuses de son peuple.

Question.- Miriam, depuis des années, quand on parle de chanson africaine, du moins en Europe, on parle de Miriam Makeba. A quelle époque de votre vie avez-vous commencé á chanter ?

Réponse.- J’ai toujours chanté. Petite fille, à l‘école, à la maison. Professionnellement, j’ai commencé en 1953 ; en 1953 en Afrique du Sud.

Q.- Vous y êtes restée tout le temps ?
R.-
Environ six années avant d’aller en Amérique.

Q.-Etiez-vous célèbre à votre départ d’Afrique du Sud ?

*R.- *
Le film Comme back Africa avait été tourné clandestinement en Afrique du Sud par un cinéaste nord-américain nommé Lionel Rogosin. Un groupe d’Américains l’avait vu et ils me demandèrent de venir chanter dans leur pays.

Q.- Ainsi, vous chantez des votre enfance ?

R.-
Oui. C’est de famille. Nous chantons tous dans la famille. Mon père chante, ma mère chante. Nous chantons tous.

Q.- Je me souviens de l’une de vos chansons, très belle :_ lbabalao_ ; vous y chantez votre pays, le Transkei, dont vous êtes, je crois, originaire.

R.-
En effet, mon père est du Transkei. Ma mère est née au Swaziland. Moi á Johannesburg.

Q :- Comment votre pays intervient-il dans vos chansons ? Chantez-vous un autre style de chansons, modernes par exemple, à l’européenne ou a l’américaine?

R.-
La plupart de mes chansons parlent de mon pays, l’Afrique du Sud. Mais, le temps aidant, mon répertoire s’est enrichi de chansons des pays par lesquels je suis passée. Néanmoins, le plus fort et le plus intense de mon chant reste les chansons traditionnelles sud-africaines.

Q.- Pata-Pata, par exemple ?

R.-
Pata-Pata est une chanson de la ville. Ce n’est pas une chanson traditionnelle.

Q.- Avez-vous chanté aussi dans votre pays, y avez-vous fait des tournées ?

R.-
Oui. Je connais mon pays de long en large. J’ai également chanté dans ce qui était alors la Rhodésie du Sud et que, bien entendu, nous préférons appeler Zimbabwe. En Zambie aussi. Plus récemment, j’ai chanté dans presque toute l’Afrique, aux États-Unis, dans les Caraïbes, et dans certains endroits d’Europe, d’Angleterre et d’Australie. Récemment, et pour la troisième fois, au Nord de l’Afrique. Je suis allée encore en Algérie et en Tunisie.

Q.- Vos chansons glorifient le passé de votre peuple, son histoire, ses traditions. Comment se fait-il que vous ayez pu chanter en Afrique du Sud ?

R.-
En fait, á mes débuts, ils n‘étaient pas très conscients de l’impact de mes chansons, ni de ma façon de les interpréter. Avec le temps, ils comprirent. En 1959, l’année de mon départ, bon nombre de mes chansons avaient été interdites. J‘étais interdite moi-même dans certaines régions et dans les villes. Aujourd’hui, aucun de mes disques n’est passé en Afrique du Sud. Un certain temps leur aura été nécessaire pour se rendre compte de la signification de mes chansons.

Q.- Vous revenez de New York, y séjournez-vous régulièrement ?

R.-
Non. Nous vivons á Conakry, en Guinée, depuis fin 1968. J’ai quitté les États-Unis en novembre 1968.

Q.- Quels sont vos projets immédiats ?

R.-
Je reviens des États-Unis, où j’ai fait quelques apparitions. Maintenant, je vais en Guinée. J’ai quelques contrats en Angleterre, en France, à Bruxelles, en Allemagne. Un show télévisé m’attend à Cologne. Puis je repars en Guinée en attendant de nouveaux projets. En juillet je devais aller en Tanzanie ; en août, en Suède… Puis, retour en Guinée où je pense me préparer pour un Festival.

Et Makeba-femme, Makeba-voix, repart silencieusement telle une révélation noire.


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